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La SOMIR sous la transition: Gabegie, mode d’emploi Version imprimable Suggérer par mail
03-03-2010 (727 lectures)

Vous entrez dans l’administration? Vous voulez vous enrichir au plus vite? Ce n’est, normalement pas, en vous contentant de votre salaire, fut-il augmenté des «faramineuses» primes de transport et de logement, que vous atteindrez cet objectif. Mais vous n’entendez pas faire contre mauvaise fortune bon cœur, en misant tout votre avenir post-mortem sur la miséricorde divine? La gabegie vous tend, donc, les bras. Attention! Elle a ses règles. En voici quelques-unes, pimentées d’exemples.
Règle n°1: népotisme, avant tout! Soyez sélectivement serviles. Parmi les multiples solliciteurs qui viendront au chevet de votre fonction, discernez l’appui potentiel, selon la hiérarchie suivante.

Le haut gradé militaire, c’est le gratin, l’aubaine dont il faut, sur le champ, lustrer les bottines, à petits coups besogneux de langue, s’il le faut. En second lieu, tout supérieur hiérarchique, avec un dosage, bien réfléchi, de la courbette. Puis, les notables et les politiques. Avant de vous engager, observez attentivement la paume de leurs mains. Avec un peu d’exercice, vous saurez distinguer les marques de l’applaudissement. Leur degré de visibilité vous indiquera l’expert en courtisaneries. Ainsi établirez-vous, au mieux, votre réseau de protection, fort utile à l’heure du remplissage de poches ou des petites vicissitudes de vos contorsions.
Exemple. Le 1er octobre 2006, Sidi Ould Mohamed Ould Maadh, directeur général de la Société Mauritanienne des Industries de Raffinage (SOMIR), offrait, à monsieur Cheikh Ould Chrouf, un poste d’assistant de sûreté des installations, pour un salaire mensuel de deux cent mille ouguiyas. Si les mensualités ont bien été versées et perçues, on n’a, par contre, jamais vu le sieur Chrouf en action. Il faut dire que l’homme avait d’autre chats à fouetter: ancien colonel de l’armée, il était très occupé par ses nombreuses relations et autres affaires du plus haut intérêt…
Règle n°2: lorsque, sûr de vos appuis, vous organisez votre ratissage des biens publics, prenez la protection de maquiller, un tant soit peu tout de même, vos frauduleuses manœuvres. L’exemple suivant, toujours tiré des annales de la SOMIR, devrait vous convaincre de ce qu’il vaut mieux éviter. Ainsi, le 13 février 2007, Sidi Ould Mohamed Ould Maadh, encore directeur général de ladite société, se fendait d’une note selon laquelle «le véhicule usagé et en mauvais état, de type Hilux, immatriculé 1517 AF 00, est réformé à son actuel utilisateur, monsieur Sidi Mohamed Ould Mohamdi, cadre de la société. La voiture est cédée en l’état et contre la valeur d’une ouguiya symbolique. Cette note est délivrée au bénéficiaire pour servir et valoir ce que de droit [sic!]»
Le droit, on s’en rend bien compte, il n’en était, en réalité, guère question et le successeur de Sidi Ould Mohamed put s’épargner une coûteuse enquête pour établir la synonymie entre Ould Maadh et Ould Mohamdi. Ainsi, le 2 novembre 2008, le nouveau directeur de la SOMIR adressait-il, à son prédécesseur, le courrier suivant dont le dénuement argumentaire en dit long sur l’évidence du détournement. «Sur injonction du Conseil d’Administration, le véhicule HILUX double cabine n°1517 AF doit être impérativement réintégré dans le patrimoine de la SOMIR. A cet effet, je vous demande de le restituer dès réception de la présente correspondance.» Dans quelle mesure ce genre d’anecdote, que l’utilisation quotidienne dudit véhicule étala, sans vergogne, sur la place publique, un an et demi durant, aura «coûté» sa place de DG à Sidi Mohamed Ould Maadh?
Une place où il ne restait, probablement, plus grand-chose à piller. On se souvient (voir «Le Calame» n°723 du 27/01/2010) du «mystère» entourant le devenir des un million deux cent soixante dix mille dollars, soldés à l’entreprise par les Algériens, à leur départ, en 2006 – un peu avant, notons-le au passage, la signature des contrats de Cheikh Ould Chrouf et consorts. Une fois les caisses vidées, l’envol vers des cieux plus lucratifs s’imposait, même au prix d’un limogeage de façade. Transition critique où se distingue le guignol de l’expert en gabegie. Celui-ci a-t-il suffisamment respecté la règle n°1? Voilà, en tout cas, notre Sidi Mohamed «expédié» à la direction de l’Agence Nationale de l’Aménagement des Terrains.
Occasion de nous révéler la règle n°3: ne jamais changer une équipe qui gagne. Le fortuné ex-directeur de la SOMIR emportait, dans ses bagages, un certain nombre de précieux comparses dont la servilité, à toute épreuve (règle n°1), avait fait merveille, dans la capitale économique. Ainsi Mohamedou Ould Sidi Ould Tolba, ex-chef de service du personnel à la SOMIR, aujourd’hui représentant de l’ANAT à… Nouadhibou. Avec de telles compétences incrustées dans les divers programmes d’aménagements fonciers, nul doute que le petit peuple des kébbés se voit honoré, au cours de cette nouvelle décennie, ou la suivante – il s’agit de longues études – du titre de docteur honoris ex causa en patiences et illusions. Cerise sur le gâteau: Sidi Mohamed Ould Maadh, alias Mohamdi ou Ahmadi ou Mamadou, selon la conjoncture qui prévaudra alors, aura, certainement à cœur de les inviter à son énième intronisation, somptueuse, à la direction de son énième entreprise publique. Avec un peu de chance, ils pourront, même, serrer la main de notre inégalable président, toujours aussi résolu à la lutte contre la gabegie et à la défense des pauvres. Ah, la Mauritanie nouvelle… 
Ben Abdella
 
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