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Maouloud et remise de peines: Aziz vide les prisons Version imprimable Suggérer par mail
03-03-2010 (583 lectures)

Le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, a signé un décret accordant une remise de peine à une centaine de détenus, dans la nuit du jeudi 25 au vendredi 26 février. Une clémence présidentielle exercée à l’occasion de la grande fête musulmane du Maouloud qui commémore la naissance du prophète Mohamed (PSL).

La mesure a touché des détenus condamnés à une peine allant de 3 mois à 5 ans de prison. Le décret exclut des prisonniers reconnus coupables de crime de sang, viol, trafic de drogue et terrorisme. Parmi les bénéficiaires, Hanevy Ould Dehah, directeur de publication de l’organe électronique «Taqadoumy» dont la condamnation et la détention, sur la base d’une procédure empruntée à une autre planète de la procédure et du fond du droit, étaient fortement décriées.

Rapporté au contexte post-élection présidentielle, avec un Mohamed Ould Abdel Aziz, désormais investi de la légitimité des urnes, la décision de jeudi soir, qui vide quelques hôtels 0 étoile, surpeuplés, de leur pensionnaires, semble bien «opportune», tant au plan politique que social et juridique.
Les autorités ont parfaitement saisi cette pluralité de dimensions en donnant une allure de petite fête médiatisée à l’événement, en présence de la presse audiovisuelle, parlée et écrite,  nationale et internationale. Grande cérémonie à la maison d’arrêt et de correction de Dar Naïm, en présence du ministre de la Justice, Baha Ould Hmeida, du ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Mohamed Ould Boilil, du commissaire aux droits de l’Homme et à l’action humanitaire, chargé des relations avec la société civile, et de plusieurs hauts fonctionnaires issus de l’administration pénitentiaire et de l’appareil judiciaire.
Les détenus libérés ont reçu une somme d’argent et des habits, histoire de faciliter leur réinsertion dans la société. Nouvelle page de leur  vie familiale et sociale… Cependant, le clou du spectacle, c’était, bien évidemment, la libération du journaliste Ould Dehah, largement ressentie comme un redressement du Droit. Après les incroyables  errements d’une procédure marquée par un acharnement injustifié, le président de la République, premier magistrat du pays, a su, intelligemment, abattre sa dernière carte, celle de l’amnistie, pour mettre fin à une affaire puant, fortement, le règlement de comptes. Une mesure sans aucun risque pour son pouvoir, peut-être, même, tout bénéfice, mettant désormais  MOA plus à l’aise, dans  son argumentaire en faveur de la liberté de la presse. Plus de journaliste embastillé pour ses écrits. Une bonne décision qui devrait rejaillir sur le ministre de la Justice et, au-delà, l’ensemble du gouvernement. Cerise sur le gâteau: le décret d’amnistie du Maouloud 2010 détendra, certainement encore, l’atmosphère des relations entre la Mauritanie et certains partenaires au développement, notamment l’Union Européenne (UE) dont une mission de parlementaires avait justement évoqué, lors de son récent séjour en Mauritanie, le cas Hanevy. 
Opportunité et réaction positive, également, face aux conclusions de la mission de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), invitée, dernièrement, par les autorités, qui a attiré l’attention sur le surpeuplement des prisons et de certaines «défaillances» du régime de détention, mélangeant, dans une même cellule, criminels endurcis, condamnés à de lourdes peines pour des infractions très graves, et délinquants mineurs, arrêtés pour de petits larcins. Du coup, la remise de peine  du président de la République apparaît, aux yeux de Mariata Kane, directrice des affaires pénales et de l’administration pénitentiaire au Ministère de la Justice, comme une mesure de respect de la dignité humaine et d’humanisation de l’univers carcéral, dans l’optique d’une constante amélioration des conditions de détention.
Le journaliste Hanevy, sa défense, les organisations de presse et de droits humains, au niveau national et international, apprécient, tout en restant vigilants. Car le combat pour la liberté n’est jamais achevé. D’où l’appel de maître Brahim Ould Ebetty à rester mobilisé contre la détention arbitraire, un acte de violence physique et morale, et pour une réelle indépendance de la justice.
Amadou Seck  
 
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