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Sketch TVM: Halte à la dérive! Version imprimable Suggérer par mail
03-03-2010 (565 lectures)
Ce qui se passe, à notre télé-bidon, est tout simplement ahurissant. Révoltant, même. Samedi soir, elle a, comme d’habitude, diffusé un sketch de la troupe humoristique «Boud Mag’rour». Le thème portait sur l’entrée des «Ejnébi en Mauritanie». Deux étrangers, un jeune homme et une dame, tous deux noirs, sont transportés dans un taxi-brousse vers Nouakchott où l’un serait employé comme manœuvre et l’autre comme domestique. Ils sont interceptés par les forces de sécurité et des femmes mauresques interviennent pour leur relaxe. Un autre mauritanien proteste, auprès des représentants de l’Etat, contre l’invasion du pays par ces «enjnebi». Pour lui, ces gens doivent, d’abord, passer par les nouveaux points de passage aux frontières, fixés par le Ministère de l’Intérieur. «Ils ne viennent en pays maure que pour obtenir des papiers d’état-civil mauritaniens!», s’exclame-t-il. Comme si le pays était l’Eldorado de l’Ouest africain...  Ce genre de sketch est tout simplement inadmissible, parce qu’il peut susciter une espèce de «stigmatisation» de l’étranger, pour ne pas dire «xénophobie». Sa portée est plus que gravissime, à la veille du recensement de la population, prévu en avril prochain. Pour rappel, certains agents recenseurs, particulièrement zélés,  du RANVEC 98, avaient refusé de recenser beaucoup de Mauritaniens, arguant que ceux-ci étaient, en fait, Sénégalais, comme si c’était écrit sur leur front. Lors du recensement à vocation d’état-civil, intervenu la veille de la dernière présidentielle, le préfet d’un département de la vallée a, tout simplement, refusé d’enregistrer des demandes d’actes d’état-civil, jugeant, en tout arbitraire, que les postulants  venaient de l’autre rive du fleuve Sénégal.
Avec de tels sketchs, on risque de retomber dans le même travers. Sur quelles bases distingue-t-on les Négromauritaniens des Négromaliens ou Négrosénégalais, des populations riveraines qui ignoraient les frontières jusqu’en 1989? Tant de jugements péremptoires ont été exposés au candidat Ould Abdel Aziz, lors de son escale à M’Bagne, en pleine négociation des accords de Dakar, que le tombeur de Sidi Ould Cheikh Abdallahi s’était engagé à changer la situation, aussitôt élu. Saura-t-il s’y employer, lors du recensement d’avril prochain?  Il ne reste qu’un mois pour se faire une idée de ce qui va se passer.
Une chose semble cependant sûre: une année après le discours de Kaédi, le  premier pas posé dans la voie de la réconciliation nationale, presque rien n’a évolué. A part les indemnisations et la réintégration de quelques dizaines d’enseignants, tous les autres dossiers restent en suspens. Et l’espoir, suscité  par la prière des morts à Kaédi, commence à s’estomper. Cela n’a pas  surpris  bon nombre de cadres de la vallée qui s’attendaient à une opération de sape, à un blocage de l’entreprise du président MOAA, par des extrémistes tapis dans l’ombre du pouvoir. Certains nationalistes arabes, négationnistes de l’existence de déportés mauritaniens au Sénégal, des massacres et des exécutions extrajudiciaires de militaires négro-mauritaniens, entre 89 et 91, n’acceptent pas d’être désavoués par leur patron. Beaucoup ont peur d’être rattrapés par  le rappel de ces tragiques évènements. Ils sont encore puissants et l’opinion commence à douter  de la capacité du président de la République à insuffler un réel changement, dans la conduite des affaires du pays. L’immobilisme s’installe. Et les pratiques qu’on pensait révolues, avec. Même si les caisses de l’Etat semblent, quand même, soulagées des griffes des  budgétivores, le panier de la ménagère est toujours maigre.  A quand le changement, alors?
 Revenons à notre propos. Les producteurs de tels sketchs semblent oublier que  les médias ont pour vocation d’éduquer, d’informer et de distraire. Notre télé-bidon semble, quant à elle,  passer totalement à côté de ces missions. C’est à peine qu’elle  informe et il n’est pas exagéré d’affirmer qu’elle n’éduque pas. Quand elle essaie de distraire, elle incite à la dérive. On ne le dira jamais assez: la TVM est nulle. On regrette la courte période de la transition 2005-2007 où l’on avait noté une évolution, sensiblement positive, dans la programmation. Depuis, nous assistons à une très forte régression. Une seule question résume la situation: depuis combien de jours la Radio Citoyenne, qui avait tant fait la fierté de cette période, est-elle réduite au silence?
DL
 
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