03-03-2010 (549 lectures) Un article, paru le jeudi 25 février dernier, dans le quotidien «Biladi», et repris, le lundi 1er mars, par le site d’informations en ligne «CRIDEM», est venu attirer l’attention du commun des Mauritaniens sur le blues du personnel de la Commission d’Analyse et d’Informations Financières (CANIF), un instrument institué par la loi 2005-48 du 27 juillet 2005, avec mission de mener la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Le personnel de cette institution, privé de certains droits, appelle au secours.
En fait, au-delà de la situation, réellement préoccupante, des cadres et agents de la CANIF, cette commission, fondée dans la foulée de la lutte contre le terrorisme à visage islamiste et le banditisme financier lié au développement du crime transnational et de la mondialisation, reste largement méconnue des Mauritaniens. Dépourvue de stratégie de communication, la CANIF, malgré son rôle, incontournable, dans la lutte contre certaines infractions spécifiques, reste dans l’ombre. Dirigée par un Conseil d’Orientation et de Coordination (COC), sous l’autorité du gouverneur de la Banque Centrale de Mauritanie (BCM), elle oeuvre contre le blanchiment d’argent et le financement des activités liées au terrorisme, un phénomène qui a atteint, loin, désormais, du simple épiphénomène, la dimension d’une véritable lame de fond, dans un espace sahélo-saharien en proie aux convulsions sanglantes provoquées par les groupuscules de la nébuleuse Al Qaida Au Maghreb Islamique (AQMI). L’institution doit permettre à la Mauritanie d’évaluer, régulièrement, son degré de conformité vis-à-vis des «40+9» recommandations du Groupe d’Action FInancière (GAFI) contre le blanchiment des capitaux. Cette évaluation, établie sur la base d’un rapport de la Banque Mondiale (BM), a fait, ces dernières années, l’objet d’un certificat de conformité de notre pays. Cette orientation, devenue une tendance massive au niveau international, procède de ce que «les méthodes et techniques de blanchiment des capitaux évoluent, au gré des contre-mesures qui sont déployées». Le GAFI «a pris note du développement de combinaisons sophistiquées de techniques, telles que l’usage des personnes morales, afin de dissimuler la véritable propriété et le véritable contrôle des produits d’activités illicites, ainsi que le recours accru à des professionnels, pour obtenir des conseils et de l’assistance, afin de blanchir des fonds criminels». Riche de son expertise accumulée, le GAFI a revisité ses quarante recommandations initiales pour en ajouter neuf autres, afin de s’adapter à la nouvelle donne. Les nouvelles dispositions portent, justement, sur la lutte contre le terrorisme et comportent «des normes minimales», devant être adoptées par tous les pays. La Mauritanie reste encore loin du compte. Comment, la CANIF, avec une mission quotidienne réduite à sa plus simple expression, pourrait-elle assurer un tel cahier de charges? La faiblesse de ses moyens tranche, singulièrement, avec le contexte sécuritaire et la volonté politique affichée au plus haut niveau. On attend que nos décideurs daignent, enfin, sortir l’institution des «ténèbres» dans lesquelles elle est plongée. L’incurie, certes banale dans notre administration, doit, en cette occurrence, être sévèrement combattue. Il en va de la sécurité nationale. Sid’Ahmed |