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Nouvelles d'ailleurs: Grand nettoyage… Version imprimable Suggérer par mail
28-10-2009 (220 lectures)

Au cas où la nouvelle ne serait pas arrivée sous votre haouli, je vous rappelle que vient de débuter LA grande Opération, Mère de toutes les Opérations, l’Unique, la Seule, LA bataille de toutes les batailles, je veux parler de l’Opération «ville propre en 10 jours», montre en main et chrono sur les dents. Le grand nettoyage d’après hivernage, avec escouade de petits bonhommes en bleu et jaune fluo, des camions poubelles, des bennes, des bacs à ordures, des balais, des chiffons à poussière, des désodorisants, des tapettes à mouches, des babouches tueuses de cafards, des policiers prêts à dégainer à la moindre cuvette d’eau balancée dans la rue… Car la panoplie du nettoyeur version moderne est vaste.

La Capitale des Nous Z’Autres a décidé de se faire belle, brillante, lavée et rasée de prés, shampouinée contre son gré, manucurée et permanentée.
L’ère nouvelle que nous vivons depuis plus d’un an est au nettoyage : après les gabegistes, les adeptes de la culture familiale élargie, les détourneurs, les profiteurs, les clientélistes, les tribalistes, les ratisseurs de porte monnaie républicains, voici venus les temps de la chasse aux salisseurs.
Ca va balayer sec dans tous les coins. Je suis sûre que nous aurons des brigades qui, incognito, vont scruter les rues, se planquer dans la foule des anonymes et repérer tout ce qui de près ou de loin pourrait ressembler à du sabotage d’efforts sanitaires style les vols d’ordures acrobatiques, vous savez celles que l’on voit passer une porte ou une fenêtre apparemment seules et dotées d’un sens de l’orientation peu fiable qui fait que les ordures volantes s’éclatent le plus souvent à vos pieds. Quand il s’agit d’ordures solides passe encore; nous avons l’instinct de survie très développé et avons appris l’art de l’esquive.
Mais quand il s’agit d’ordures liquides, les choses se corsent. Car, selon les lois de Murphy, tout ce qui peut s’écraser sur vos babouches n’a aucune raison d’aller s’écraser ailleurs ( je reconnais que je crée mes propres lois de Murphy, mais bon…). Certains des Nous Z’Autres sont passés maîtres dans l’art spectaculaire du lancer d’ordures allant même jusqu’à réussir leur coup tout en restant allongés sur leur matelas. Du grand Art quoi.
Sans parler de ceux qui, sans même regarder, virent par la fenêtre des voitures moult objets tous aussi incongrus les uns que les autres, allant du mégot sur fumé au papier d’emballage. Certains poussent la dextérité à envoyer balader des humains. J’ai vu ça une fois dans un taxi où un pauvre hère maigrichon qui avait réussi à s’assoir à l’arrière d’un taxi un jour de forte chaleur et tout content de son exploit s’est vu faire faire un vol plané digne d’anthologie quand une matrone fessue et mamelue a décidé qu’il était temps pour elle de s’offrir une place dans le même taxi et qui, dans un mouvement artistique de ses monumentales hanches a viré le maigrichon en un seul geste fluide visiblement issu de moult séances d’entraînements. Et le taximan, ignorant les cris du pauvre gars jeté par la portière, a démarré sans demander son reste, craignant peut-être d’être à son tour victime des hanches de la dame rondelette.
Il y a aussi les dépôts «d’ordures» plus formalistes comme ceux de la séance hebdomadaire du Conseil des Ministres. Celles là sont envoyées à l’incinérateur direct. Mais les ordures de la royauté étant par essence hors de portée des brigades de nettoyage, je ne m’appesantirais pas sur les bacs à déchets républicains.
On va donc montrer au monde entier que nous pouvons être propres. D’accord le monde entier se fichant absolument de savoir que nous sommes propres ou non, ce dernier se réduira aux Nous Z’Autres, vissés devant le TVM et regardant d’un œil éberlué toute cette armée de nettoyeurs voulant nous empêcher de salir en rond.
Vu que la société qui est censée s’occuper de nos détritus, Pizzorno Environnement, a licencié 200 de ses agents il y a quelques semaines au motifs de “grève illégale” car sans préavis, on doit manquer de monde. Il y a eu des embauches de balayeurs. Hommes et femmes sur le pied de guerre, rois du balayage tous azimut. A ce sport citoyen il parait que les femmes sont meilleures… C’est comme ça : les femmes balaient mieux que les hommes. Ca n’étonne personne dans un royaume où tout mâle qui se respecte est dressé depuis l’enfance à éviter balais, serpillères, cuisine, bassine à lessive, fer à repasser, etc…
Allons même jusqu’à placarder des notes de services à tous les coins de rue, notes destinées à édifier les Nous Z’Autres sur les joies de la propreté et les peines encourues par les contrevenants.
On pourrait, pourquoi pas, bâtir une prison spéciale salisseurs. Pour faire des économies, elle serait au second étage de la prison spéciale gabegistes, juste en dessous de l’étage réservé aux journalistes insolents et pas loin de l’aile réservée aux partis politiques où règne une ambiance si délétère que nous ne sommes pas loin d’assassinats et autres joyeusetés (UPR ente vem?).
Moi je crois qu’il nous faudrait renouer avec l’éducation des masses et cours obligatoires de propreté civique où l’on apprendrait aux Nous Z’Autres des vérités profondes. Il y aurait même «l’Ecole de la Propreté» : réveil aux aurores, salut à la serpillère sur fond de musique martiale, cours de physique sur les lois de la pesanteur expliquant que le contenu d’une bassine ne peut effectuer une trajectoire que dans un seul sens, à à savoir vers le bac à ordures.
A la TVM, on devrait réserver une tranche horaire où obligatoirement tout le monde devra être devant son poste et apprendre par cœur les mantras de la propreté :
- toute ordure surprise en état de lévitation vers la rue sera pendue sur la place des anciens blocs rouges.
- tout propriétaire de ladite bassine sera, lui aussi, pendu par les oreilles aux côtés de son ordure.
- un conteneur à ordure n’est pas une pissotière : il est donc interdit d’uriner dessus.
- un bac à ordure n’est pas un récipient pour usage personnel dans la cour d’une maison : tout bac à ordure sera équipé d’un mouchard. Gare aux voleurs de bacs !! Ils pourront être poursuivis pour détournement de bien commun et envoyés cultiver les niébés en brousse.
- les vols artistiques de crachats sont interdits sur la voie publique. Le raclage de gorge est dorénavant interdit.
- la liste des ordures interdites de visibilité peut changer à tout moment. A l’heure où les autorités pondent ces pensums, les listes peuvent déjà être caduques.
- Sachez néanmoins que par ordures, il est couramment admis : détritus, couches sales, boîtes de conserve, belle-mères, bébés, paquets de clopes, mouchoirs en papiers, animaux morts, eaux usées, épaves, pneus, missouak en fin de vie, babouches périmées, fonctionnaires paresseux…
En tout cas, je suis fière : nous allons devenir propres. Et ça c’est pas gagné. Car nous sommes d’indécrottables salisseurs, amoureux des ordures et du foutoir bien organisé.
Mais je me demande comment on va faire pour convaincre les gens d’une salutaire propreté dans une ville où il n’y a pas d’égout et où à la moindre pluie Nouakchott ressemble à Venise.
Mais bon chaque chose en son temps…
J’ai une question : les mendiants sont-ils considérés comme des déchets à recenser? …
Salut

Mariem Mint Derwich

 
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