21-10-2009 (1103 lectures)
Le capitaine Dadis Camara, président autoproclamé après la mort de Lansana Conté, est définitivement entré dans le collimateur de la communauté internationale. La tuerie sauvage de plus de cent personnes, le 28 septembre dernier, au stade de Conakry, semble avoir scellé son sort. Tous réclament son départ inconditionnel. Certains, exigent qu’il soit jugé pour crimes contre l’Humanité. Tandis que lui se défend d’être responsable de la tragédie. Pauvre Afrique meurtrie dont les fils sont toujours au banc des accusés, à cause de leur soif incommensurable du pouvoir. Pratiquement, aucun pays du continent n’a pu maintenir un système démocratique apaisé. Seuls le Ghana et, dans une moindre mesure, le Bénin, développent des réflexes de pays démocratiques. Même le Sénégal, longtemps cité en exemple, souffre, aujourd’hui, de plusieurs dysfonctionnements institutionnels qui menacent, terriblement, l’audience qu’il s’est forgée dans le concert des nations ayant franchi, valablement, le cap de la démocratisation.
Les agissements maladroits du président Wade et son immixtion, tout aussi maladroite, dans certains problèmes internationaux, comme ceux de la Mauritanie, il y a un an, et ceux de la Guinée, plus récemment, lui font perdre une part importante de la crédibilité que beaucoup lui accordaient. Entre le brillant avocat, l’opposant légendaire et le président peu inspiré, l’image du tonitruant octogénaire est, de plus en plus, écornée. Sénilité due à l’âge ou calcul politicien? Peut-être l’un, peut-être l’autre, ou les deux à la fois. En tout cas, pour revenir au cas de la Guinée, le capitaine Dadis est seul, contre une communauté internationale déchaînée. Mis à part la Chine qui le soutient toujours. Pourquoi? Allez savoir. La France, par la voix de Bernard Kouchner, son ministre des Affaires étrangères, a vigoureusement condamné le maître de Conakry, s’interdisant toute forme de coopération avec lui. Les autres pays, l’Union africaine, la CEDEAO, les organismes de financement – bref, la planète entière – réprouvent les indélicatesses de l’officier parvenu, servi par la mort d’un autre officier, lui aussi venu au pouvoir à la suite de la mort d’un dictateur de renom. Le capitaine Dadis fait l’objet d’une véritable levée de boucliers. Impossible, pour lui, de se présenter à l’élection présidentielle, sans isoler, un peu plus, son pays. Il doit, rapidement, prendre les dispositions nécessaires pour passer le témoin à quelqu’un que les Guinéens choisiront librement. La Communauté internationale a raison de s’indigner si vigoureusement. Le pouvoir ne doit plus se prendre par la force et, surtout, ne plus espérer se légitimer dans le sang. Ali Bongo est un bel exemple de cette nouvelle règle. Nonobstant les revendications de ses adversaires malheureux. Ensuite, monsieur Dadis, non seulement, vous vous permettez de prendre, d’autorité, la place du mort mais vous ajoutez, à ce déni de démocratie, l’ordre, à vos hommes – ou le laisser-faire ; en tout cas, l’impunité ; ce qui est un aveu, peut-être plus inquiétant, encore, de faiblesse – de tirer sauvagement sur des citoyens innocents rassemblés dans un stade pour manifester leur mécontentement. Alors, normal que vous subissiez l’ire des nations démocratiques de la planète. Cette leçon devra servir à tous ceux qui pensent arriver, un jour, aux affaires par la force. Que ceux-ci sachent que la communauté internationale est là. Elle saura leur dire non et les ramènera à la raison. Comme Dadis, qui a, comme un agneau, demandé la formation d’une commission d’enquête pour situer les responsabilités des tragiques événements. Quelle commission? Mon capitaine, vous n’êtes qu’un usurpateur, doublé d’un assassin. Alors, quittez le pouvoir et acceptez de répondre de vos actes. Ainsi en a décidé la communauté internationale. Mon capitaine, la Guinée n’est pas le Zimbabwe où Mugabe a pu tenir tête à cette même communauté qui vous menace de tout. Le Zimbabwe est à moi, disait le vieil homme. Morgan Tsvangirai, l’Union Africaine, l’ONU ; bref, le Monde ; ont marché au pas de l’opiniâtre Robert. Mon capitaine, demandez à la communauté internationale comment son médiateur en Guinée, le président Blaise Compaoré, est venu au pouvoir, en est parti, y est revenu? Mon capitaine, la Guinée n’est même pas la Mauritanie, où un putchiste a insulté la communauté internationale avant d’imposer sa loi et de se faire élire président de la République. Où était la France? Sarkozy? Kouchner? Les propos laconiques et vagues qu’ils ont tenus, à propos de la crise mauritanienne, résonnent, encore, dans les oreilles de tous. Mon capitaine, tu as usurpé la place d’un mort; Ould Abdel Aziz, celle d’un vivant. Mon capitaine, tu as tué des hommes; Ould Abdel Aziz, des institutions. Les accords de Dakar, la médiation libyenne, les efforts du Sénégal, le groupe de contact, la suspension de la coopération, tout ça ne fut qu’un leurre destiné à légitimer un coup d’Etat et à démontrer que la communauté internationale a ses raisons que la raison ne connaît pas. Un coup d’Etat est un coup d’Etat. Il n’y en a pas de bons, il n’y en a pas de mauvais. Ayant évité le piège du sang, même légitimé par des urnes, disons, conciliantes, Ould Abdel Aziz n’est pas pour autant, tiré d’affaire et doit des comptes à la communauté internationale qui le garde à l’œil. Le capitaine Dadis est, lui, tombé, à pieds joints, dans la fosse. Du coup, il doit donner des garanties sérieuses au monde qu’il va organiser, rapidement, une élection à laquelle les évènements tragiques du 28 septembre, lui interdisent de participer. Si sa responsabilité, en ceux-ci, est avérée, il doit faire l’objet de poursuites judiciaires. Mais à quand l’émergence d’une communauté internationale, véritablement juste et fondée sur le strict respect du droit des peuples, où les décisions se prennent loin des considérations d’intérêt? Entre Dadis Ould Abdel Aziz et Mohamed Camara, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Teinté de rouge, pour l’un. Que l’autre n’oublie, jamais, cette nuance… Sneiba El Kory |